4 TDAH sous le même toit : notre histoire (et pourquoi on en a fait quelque chose)
C’est une histoire qu’on raconte souvent, parce qu’elle est devenue notre point de départ.
Un dîner du mois de novembre 2024. Toute la famille à table. On vient de récupérer le diagnostic d’Alice, la plus jeune. C’est le quatrième en deux ans, après Maxime, Céline et Johann. Quatre cerveaux atypiques sous le même toit. Personne ne dit rien pendant quelques secondes. Et puis Alice, 12 ans à l’époque, lâche : “Du coup, on est tous TDAH. Ça veut dire qu’on est une famille normale, en fait. C’est juste les autres qui sont bizarres.”
On a tous éclaté de rire. Et puis on s’est tous mis à pleurer.
Cet article, c’est notre histoire racontée à plusieurs voix. Celle de Johann, qui pensait avoir compris la productivité. Celle de Céline, qui se croyait juste “trop sensible”. Celle de Maxime, 17 ans, qui a redoublé une classe avant qu’on comprenne pourquoi. Celle d’Alice, 14 ans, qui a vécu deux ans de phobie scolaire qu’on a mis sur le compte du collège.
Si vous lisez ces lignes en vous reconnaissant un peu trop, sachez juste une chose : vous n’êtes pas seul·e·s. Et il y a un avant et un après.
Johann — “Je consultais des grands groupes sur la productivité, et j’étais incapable de m’organiser moi-même”
Je suis le premier à avoir été diagnostiqué, en mars 2024. J’ai 42 ans à l’époque. Je viens de signer mon livre sur la gestion du temps. Je consulte depuis quinze ans des grands groupes sur la productivité.
Ce qui m’a fait consulter ? Mon épouse. Pendant des années, Céline avait observé chez moi des choses qu’elle n’arrivait pas à nommer : ma capacité à oublier des rendez-vous importants, mes oublis de clés, mes nuits où je tournais en rond, mes disputes disproportionnées sur des broutilles, mes “j’ai oublié” qui s’enchaînaient.
Pendant longtemps, je le prenais comme une attaque. Je me défendais. Je rationalisais. “C’est parce que j’ai beaucoup à penser. C’est parce que je suis débordé. C’est parce que tu n’as aucune empathie.” Le grand classique du conjoint qui ne voit pas ce qu’il a sous le nez.
Et puis un soir, après une scène d’engueulade ridicule sur une histoire de poubelles oubliées, elle m’a tendu un livre. “Lis-le. Tu n’es pas obligé d’en faire quelque chose. Mais lis-le.”
C’était “Adultes TDAH” de Catherine Audrin. J’ai lu en deux jours. Je me suis reconnu page après page. La paralysie d’exécution. L’hyperfocus. La fatigue décisionnelle. La sensibilité au rejet. Tout y était.
Le diagnostic chez le psychiatre, deux mois plus tard, a juste confirmé ce que je savais déjà. Mais l’avoir officiellement, l’avoir nommé, ça a tout changé. J’ai pu me regarder en face sans me détester pour la première fois de ma vie.
Le plus dur ? Réécrire tout mon récit personnel. Se dire : “En fait, à 17 ans quand je n’arrivais pas à étudier pour le bac alors que j’aimais ce que j’étudiais, ce n’était pas de la fainéantise. C’était mon cerveau.” Se dire : “En fait, ce burn-out à 28 ans, ce n’était pas un échec, c’était un signal d’alarme que j’avais ignoré pendant dix ans.”
Ça a été six mois de pleurs. Et puis, progressivement, j’ai commencé à reconstruire.
Céline — “Je me croyais juste trop sensible. C’était mon cerveau qui criait au secours.”
Quand Johann m’a annoncé son diagnostic, j’ai été à la fois soulagée — enfin une explication ! — et… troublée. Parce qu’au fil des semaines, en lisant ce qu’il me racontait, je me suis mise à me reconnaître moi aussi. Beaucoup. Trop.
J’ai 41 ans. Je suis juriste. Je suis médiatrice CNV. J’ai un master de droit obtenu avec mention, après cinq ans à me demander pourquoi tout me prenait deux fois plus de temps qu’aux autres. Je dormais peu pendant les exams. Je travaillais le double. Je m’en sortais “à l’arraché”. Et chaque fois que je m’en sortais, je me disais que j’étais une imposteure.
Le TDAH féminin, c’est ça. C’est des décennies à se croire moins capable, trop émotive, pas faite pour le rythme, parce que personne ne t’a jamais dit qu’il y avait un nom pour ce que tu vis. Les filles TDAH passent massivement entre les mailles parce que les manuels ont été écrits sur des garçons hyperactifs des années 80.
Mon diagnostic est tombé en juin 2024. Trois mois après celui de Johann. Le psychiatre m’a dit : “Vous avez compensé pendant trente ans. Vous êtes au bord de craquer.” Il avait raison : six mois plus tôt, j’avais fait un mini-burn-out que j’avais mis sur le compte du télétravail.
Le truc le plus violent, après le diagnostic, ça a été de regarder mes enfants. Et de me demander : “Si je suis TDAH, et que Johann l’est, qu’est-ce qu’il en est de Maxime et d’Alice ?”
Maxime — “J’ai redoublé ma 4e. Personne n’a pensé TDAH. Tout le monde a pensé que j’étais paresseux.”
J’ai 17 ans aujourd’hui. Mon diagnostic remonte à octobre 2024. J’ai été diagnostiqué quand j’étais en seconde, après que mes parents aient compris pour eux.
Avant ça, mon parcours scolaire ressemblait à ça : excellent élève en primaire, moyen-bon en sixième, en chute libre à partir de la cinquième. Redoublement de la quatrième. Conseils de classe où j’entendais à chaque trimestre les mêmes phrases : “Maxime a beaucoup de potentiel mais ne fait pas d’efforts. Il rêvasse en classe. Il ne rend pas ses devoirs. Pourtant, quand il s’y met, il est capable de très belles choses.”
Personne n’a jamais pensé TDAH. Tout le monde a pensé : adolescent paresseux. Y compris moi.
Le pire, quand t’es ado TDAH non diagnostiqué, c’est que tu finis par croire à l’image qu’on te renvoie. Tu es paresseux. Tu es nul. Tu fais exprès. Tu ne veux pas réussir. Tu intériorises ça. Tu commences à te détester. Et plus tu te détestes, moins tu arrives à te mettre au travail. C’est une spirale.
Le jour où mes parents m’ont parlé du TDAH, j’ai pleuré. Pas parce que c’était une mauvaise nouvelle. Parce que pour la première fois, on me disait : “Tu n’es pas paresseux. Ton cerveau fonctionne juste différemment.” Et ça, c’est ce que j’attendais d’entendre depuis cinq ans sans le savoir.
Aujourd’hui, je suis en première. J’ai un PAP. J’ai du tiers-temps. J’ai ma place stratégique en classe. J’utilise un ordinateur pour prendre mes cours. Je code en parallèle (je dev même ce site avec Claude Code). Je vais bien. Pas parce que je suis “guéri” — il n’y a rien à guérir — mais parce que je sais qui je suis et que j’ai les outils pour vivre avec.
Alice — “J’ai cru que c’était juste le collège qui allait pas. C’était moi qui criais sans le dire.”
J’ai 14 ans. Je suis la dernière diagnostiquée de la famille, en novembre 2024.
En CM2, j’étais une bonne élève. Une copine partout, des bonnes notes. Au collège, en sixième, ça a commencé à se gâter. Je dormais mal. J’avais mal au ventre tous les matins. Je pleurais en sortant de l’école. J’ai commencé à manquer trois jours sur cinq en cinquième.
On a appelé ça phobie scolaire. On m’a fait voir un psychologue, un psychiatre, on a changé de collège, j’ai repris… et j’ai re-craqué. Pendant un an et demi, c’était l’enfer. Pour moi, pour mes parents, pour ma vie sociale.
Quand mes parents ont eu leur diagnostic, ma mère m’a regardée et m’a demandé : “Et si c’était ça aussi, pour toi ?”
J’ai été diagnostiquée TDAH avec des manifestations anxieuses. La phobie scolaire, ce n’était pas le collège qui n’allait pas. C’était mon cerveau qui était en surcharge permanente, qui captait tout, qui n’arrivait pas à filtrer les bruits, les odeurs, les conversations, les émotions des autres. C’était ça qui me rendait malade, pas l’école en soi.
Aujourd’hui, je fais des Reels TikTok et Insta sur le TDAH ado. Je raconte ma vie de “neuro-atypique adolescente” avec humour, parce que j’ai compris une chose : il y a plein d’autres ados comme moi, qui se croient bizarres, qui se croient seules, qui se croient nulles, alors qu’elles sont juste différentes. Si je peux leur faire gagner deux ans d’enfer en publiant des vidéos de 60 secondes, ça vaut le coup.
Pourquoi on a créé TDAH en Famille
Quand on est tous les quatre tombés dans le terrier du TDAH en deux ans, on a cherché des ressources. On en a trouvé, mais elles étaient toutes :
- Trop médicales : on dirait qu’on lit un cours de fac
- Trop institutionnelles : on dirait qu’on lit le site de la HAS
- Trop déconnectées : aucune voix de personne qui le vit vraiment
Surtout, aucune ressource ne couvrait les quatre angles à la fois. Il y avait des sites pour parents d’enfants TDAH. D’autres pour adultes. D’autres pour ados. Mais aucun avec une famille entière qui parle.
Alors on a décidé de créer ce qu’on aurait voulu trouver. Quatre voix. Quatre angles. Quatre expertises de vécu. Et derrière, des outils concrets : les kits administratifs construits par Céline (juriste), les méthodes d’organisation construites par Johann (consultant), l’app construite par Maxime (dev), les contenus sociaux construits par Alice (créatrice).
Pas un site de plus. Le site qu’on aurait voulu trouver.
Ce qu’on a appris (et ce qu’on partage)
En deux ans, on a appris des choses qu’on aurait aimé connaître plus tôt. Voilà les principales :
1. Le diagnostic n’est pas une condamnation, c’est une boussole. Avant le diagnostic, on lutte contre nous-mêmes. Après, on apprend à travailler avec.
2. Le système (école, travail, santé) ne s’adaptera pas spontanément à votre cerveau atypique. C’est à vous d’aller chercher les dispositifs. Apprenez à le faire ou faites-vous accompagner.
3. Vous n’êtes pas paresseux·se. Vous n’êtes pas faible. Vous n’êtes pas trop sensible. Vous êtes câblé·e différemment, et c’est neurologique, pas moral.
4. La culpabilité est l’ennemi. Le TDAH se vit dans une spirale de culpabilité. Casser cette spirale, c’est 50 % du chemin.
5. Vous n’êtes pas seul·e. Un million d’adultes TDAH en France. Plus de 5 % des enfants. Vous êtes nombreux. Vous êtes nombreuses. La preuve : on est quatre dans une seule famille.
Et maintenant ?
Si vous lisez ces lignes en vous reconnaissant un peu trop, on vous invite à plusieurs choses :
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Et surtout, prenez rendez-vous avec un psychiatre formé au TDAH. Les délais sont longs en France. Plus tôt vous lancez la démarche, mieux c’est.
Le mot de la fin
On n’a rien demandé. On n’a pas choisi d’être quatre TDAH dans une même famille. Mais c’est ce qu’on est, et au lieu de le subir, on a décidé d’en faire quelque chose. Pour nous. Pour vous. Pour les autres familles atypiques qui galèrent en silence.
Bienvenue chez nous. Vous êtes les bienvenu·e·s.
— Johann, Céline, Maxime, Alice Le Clan Atypique
Cet article a été écrit collectivement par les quatre membres de la famille fondatrice de TDAH en Famille, tous diagnostiqués TDAH entre 2024 et 2025.
Important : ce contenu est publié à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. Le TDAH se diagnostique exclusivement par un professionnel de santé qualifié (psychiatre, neuropsychologue). Sources : HAS, recommandations de bonne pratique TDAH.
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